5, 4, 3, 2… sans jaune/sans rouge (2020)





Adrien Lucca, 5, 4, 3, 2 … sans jaune/sans rouge (2020)

luminaires avec diodes électroluminescentes (LED) fabriqués et programmés par l’artiste, peintures acryliques « Citron/Rouge » et « Rouge/Gris », 2020. Collaboration technique avec Nathan Boulet, informaticien et Mathieu Zurstrassen, architecte et plasticien. Collaboration spatiale avec Adrien Tirtiaux.

Intervention dans l’espace, 6e étage du parking Neujean, place Xavier-Neujean

Œuvre produite pour la triennale Art Public 2020 à Liège





Au sixième étage d’un parking ordinaire. Au bas des murs et des piliers, des bandes de couleurs grises permettent aux automobilistes de se souvenir de l’étage auquel ils se sont garés. L’atmosphère est sombre, les fenêtres ont été occultées. Les lampes suspendues au plafond diffusent une lumière blanche et froide. Seul le jaune vif d’une structure massive surgissant du mur trouble la normalité morne du parking. Soudain, d’abord imperceptiblement, les couleurs changent. Le bas des murs et des colonnes se parent d’un rouge profond alors que le jaune de la construction se transforme en orange tirant sur l’écarlate. Illusion d’optique? Lumière colorée? L’élaboration de cette œuvre se construit selon deux paramètres. Adrien Lucca intervient avec des sources lumineuses qui font appel à la technologie Led, avec lesquelles il programme la lumière blanche. Le spectre de la lumière fluctue bien que ces variations physiques de la lumière soient imperceptibles à l’œil nu.

Lorsqu’elles interagissent avec la lumière, les peintures utilisées pour 5, 4, 3, 2 … SANS JAUNE / SANS ROUGE (peintures qui sont également fabriquées par l’artiste, après une série d’expérimentation sur un échantillonnage d’environ 400 pigments de sa collection), deviennent des couleurs « doubles », d’où leur noms composés : « gris-rouge », « citron-rouge ».

Adrien Lucca agit ainsi directement sur la perception de la couleur dans la réalité physique et engendre un trouble, allant à l’encontre de nos certitudes sensorielles : « Je crée des filtres de couleur qui ressemblent à des filtres numériques, mais appliqués à la réalité visuelle, dans l’espace devant nous. » Cette intervention dans l’espace met en évidence les rapports contre-intuitifs entre lumière et couleur et questionne notre compréhension du réel.

Enfin, l’emplacement de l’œuvre a été choisi en concertation avec Adrien Tirtiaux, dont l’installation Plus près de toi, enduite d’une peinture « citron/rouge » créée par Lucca, surplombe le toit du bâtiment. Les deux artistes ayant convenu, suite à leurs visites répétées, que le parking à étage était partie intégrante de l’identité visuelle liégeoise.

Adrien Lucca poursuit une recherche constante de conceptualisation des rapports entre la lumière et la couleur. Sa pratique de peintre se place dans une tradition picturale européenne d’imitation de la réalité cherchant sans cesse à dépasser les limites techniques de leur médium. Notamment chez Jan Van Eyck ou dans le développement de la perspective chez les peintres de la renaissance italienne. La théorisation en 1704 par Isaac Newton1 des lois physiques régissant l’apparition des couleurs, en particulier la découverte que la lumière blanche est en fait composée de rayons colorés, marque un tournant majeur dans les explorations scientifiques et artistiques d’un rendu naturaliste de la réalité. On sait désormais que la perception des couleurs et de la lumière dépendent de la conjonction de différents éléments : de la constitution physique de la lumière et de la matière colorée, des principes mécaniques des organes de la vue, mais aussi du bagage culturel et des particularités physiologiques de chaque individu.

Trois œuvres incontournables de l’histoire de l’art, alliant recherche esthétique et science de l’optique, jalonnent l’approche conceptuelle d’Adrien Lucca : La grande toile Un dimanche après-midi à l’Ile de la Grande Jatte de Georges Seurat (1886), et son traitement divisionniste des couleurs, la série débutée en 1970 des Skyspaces de James Turrell, où le ciel apparait comme un aplat lumineux et coloré et enfin Room for one colour d’Olafur Eliasson (1997) où l’utilisation de lampes à sodium jaunes « monofréquencielles », fait disparaitre toutes les teintes de la salle, ne laissant plus apparaître que le clair et le foncé.

C’est cette pièce en particulier qui enclenche chez Adrien Lucca une série d’installations œuvrant à la soustraction de couleur sur des objets, dont le jaune dans A White Room Without Yellow et Yellow-free zone en 2018.

5, 4, 3, 2 … SANS JAUNE / SANS ROUGE s’inscrit dans la lignée de ces premières interventions, révélant que notre vision des couleurs est un sujet complexe encore largement inexploré dans l’art contemporain.

(Pauline Salinas)

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s